Mulcair et le nouveau NPD : une ère de changement
Fred Wilson
28 Mars 2012Lorsqu’il y a un changement politique important, il est toujours préférable d’attendre un peu avant de tirer des conclusions. Ainsi en est-il avec l’élection de Thomas Mulcair comme chef du Nouveau Parti démocratique.
Après quatre tours et plus de 24 heures de scrutin, on a senti que quelque chose avait changé lorsque Thomas Mulcair est sorti gagnant. À 57 pour cent, sa victoire n’était pas déterminante, mais c’était néanmoins une victoire claire qui a permis au congrès de serrer les rangs et à tous les camps d’exprimer leur engagement à rester unis et leur soutien au nouveau chef.
Toutefois, les tensions au sein du parti quant à ce choix étaient palpables, et une certaine réserve était présente lors de la célébration samedi soir. Parmi les déçus, il y avait les dirigeants et organisateurs de longue date du parti au Canada anglais qui avaient pris très au sérieux l’avertissement d’Ed Broadbent au sujet de l’orientation et du style politique de Mulcair. D’autres, des militantes et des militants syndicaux, ainsi que de personnes de la gauche du parti, ont craint que cette décision représentait un éloignement à l’égard d’une forme de « troisième voie ».
Mais le changement perçu au sein du parti est resté intangible et circonstanciel. Le dimanche matin, l’annonce de Mulcair que Libby Davies resterait chef adjoint et qu’Anne McGrath conserverait temporairement le poste de chef de cabinet a rassuré en quelque sorte qu’il n’y aurait pas de nouvelle direction immédiatement au parti.
Il faut aussi souligner que plusieurs progressistes ayant aucun intérêt à l’endroit d’un programme « blairiste » s’étaient frayé un chemin dans le camp de Mulcair. Ils ont appuyé Mulcair pour deux raisons : maintenir la base du parti au Québec et occuper immédiatement le rôle de chef de l’opposition au Parlement et aspirant premier ministre.
Bien sûr, certaines personnes au sein du parti et chez les travailleurs perçoivent la victoire de Mulcair comme une occasion de réaliser un objectif de longue date d’établir un parti « centriste ouvert ». Mais cette campagne au leadership et la décision prise n’ont certainement pas mené à un tel mandat.
Plus de 65 pour cent des membres du parti ont accordé leur premier choix aux candidats ayant de vastes programmes de changement social. Nathan Cullen a présenté un programme radical d’affirmation des intérêts environnementaux et des Premières Nations avant le développement des ressources. Peggy Nash a emprunté l’esprit et le langage du mouvement d’occupation et les a traduits en un programme populiste pour défendre les travailleuses, les travailleurs et les communautés. Brian Topp a certainement présenté l’appel le plus clairement articulé pour l’égalité et la redistribution de la richesse qui a été proclamé par les dirigeants du NPD fédéral depuis plusieurs années. La force de ces campagnes a pris le dessus sur tout discours alternatif prônant une modération, ou en termes politiques, une « modernisation » du NPD.
À la place, Thomas Mulcair a remporté le mandat de réaliser ce qu’il était de toute évidence le mieux préparé à livrer : une compétence immédiate, acceptable et professionnelle pour être chef de l’opposition et potentiellement premier ministre. Et c’est sur cette base que Thomas Mulcair débute son leadership avec l’appui et la bonne volonté d’une majorité encore plus grande que les votes au congrès.
Mais, il y a définitivement un changement dans le style et la nature du chef du NPD. La continuité promise pour le parti sera mise à l’épreuve dans les prochaines semaines alors qu’un grand nombre d’organisateurs vétérans et de personnel politique vont prendre congé, et que les premières banquettes du parti seront remaniées après les débats sur le budget. Les remplacements vont en dire beaucoup sur la direction que souhaite prendre le bureau du chef.
Je dois admettre, et j’ai l’impression que plusieurs sont comme moi, que j’en sais fort peu sur les objectifs politiques à long terme de Thomas Mulcair ou sur sa position au sujet de plusieurs enjeux sociaux et économiques. Mon message de prudence est celui-ci : sortir les vieilles déclarations ou se fier à la politique des derniers temps ne va pas être d’une grande utilité pour apprendre à connaître et à bâtir la confiance avec le nouveau chef. En période de changement, nous devrions nous attendre que les leaders changent et évoluent aussi.
Il ne fait aucun doute qu’il y a désormais un nouveau NPD et que le changement qui a pris place au cours des deux dernières années dépasse de loin l’élection d’un nouveau chef. Les milliers de nouveaux membres, la nouvelle réalité du Québec et les nouvelles politiques présentées par Brian Topp, Peggy Nash, Nathan Cullen et les autres ont aussi profondément changé le parti. Thomas Mulcair va influencer cette dynamique qui l’influencera à son tour aussi.
Pour le présent, nous vivons une ère de changement; nous aurons le temps plus tard de tirer des conclusions.
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