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Toronto – À la suite du weekend du G20, je réfléchis au slogan des mouvements sociaux mondiaux, « un autre monde est possible ». Il semble aujourd’hui que cette possibilité est encore plus réelle, car nous vivons déjà dans des mondes distincts des disciples de Harper, distincts non seulement sur le plan des valeurs, mais aussi des informations et des perceptions de la réalité.

Les titres des nouvelles de lundi ont louangé Harper et le sommet. « Une étape historique vers un nouvel équilibre mondial », affirma le Globe. Et ce titre incroyable, « des craintes d’une autre crise incitent les pays à promettre des coupes ».

Dans quel monde les rédacteurs des titres des articles du Globe and Mail vivent-ils? Inutile de dire que le point de vue des syndicats mondiaux ne se trouve nulle part dans notre quotidien national. Mais vous deviez vous en douter, de toute façon :

« Une complaisance inacceptable devant une crise de l’emploi qui s’aggrave, à un moment où le chômage risque de surgir encore en raison de mesures prématurées de réduction du déficit », a lancé la nouvelle dirigeante élue du mouvement syndical mondial, Sharon Burrow. « Au sujet de la réglementation financière, les syndicats sont en colère devant l’allusion aux principes des meilleures intentions plutôt que l’instauration de mesures d’action, et devant le manque de progrès en vue d’introduire une taxe sur les transactions financières.

« … partout dans le monde, les travailleurs se mettent en colère devant l’idée qu’ils vont devoir humblement payer pour la crise. Dans les rues et au moment de voter, les politiciens peuvent s’attendre que les travailleurs feront connaître ce qu’ils pensent. »

La couverture médiatique du G20 à Toronto et à l’échelle nationale portait sur un autre monde que le Toronto où j’étais. À la télévision, j’ai vu un mirage qui ressemblait à un hologramme de fumée, de miroirs et de caniches faisant des reportages sur les chefs de police et les ministres conservateurs, présentés sans un commentaire de la part des organisations syndicales qui ont fait venir des dizaines de milliers de membres, d’environnementalistes ou d’organisations de la société civile.

Les comptes rendus de Rabble l’ont déjà bien souligné : à moins d’avoir été là ou de chercher des nouvelles à partir d’autres sources d’information, vous ne pouviez savoir que 25 000 personnes se sont jointes à la marche organisée par le Congrès du travail du Canada, le Conseil des Canadiens, Greenpeace, Oxfam et la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants.

Je n’admets pas du tout l’argument que les médias vont toujours saisir l’image la plus dramatique et que le manque d’attention sur ce qui est réellement arrivé revient aux quelques anarchistes violents qui ont discrédité la majorité des gens sur place. C’est de la foutaise. Une image nettement plus convaincante était la vue de plusieurs centaines de jeunes membres de Greenpeace portant des casques verts avec des autocollants demandant la création de bons emplois verts. C’est une image vraiment saisissante, plus intéressante que celle que nous avons vue à maintes reprises d’une personne cassant une fenêtre. Et cette présentation d’images n’est pas une question de hiérarchie entre des images. Des choix délibérés de diffusion sont faits.

Il y a eu du vandalisme, principalement du cassage de fenêtres. Cependant, la pièce maîtresse du vandalisme sensationnaliste des médias était la destruction et la mise à feu de véhicules de police, un événement très étrange dans une ville qui s’est transformée en camp armé de 12 000 policiers pendant plusieurs jours.

Le premier compte rendu direct de mon collègue Leo Broderick, vice-président du Conseil des Canadiens, décrit bien ce qui se passait réellement : « Je suis allé voir les voitures de police incendiées sur Bay Street et la dernière sur Queen Street. Je suis convaincu que c’est un coup monté de la police. J’ai saisi le premier indice du piège en cours en quittant Queens Park, nous avons été confrontés par une voiture de police vide qui bloquait notre chemin. Très étrange. Nous avons tous marché autour de la voiture… Pendant cette soirée sur Queen Street, une voiture de police a tout simplement été laissée là. Supposément détruite. J’ai vu la voiture abandonnée à cet endroit et j’étais perplexe. Aucun policier n’était là. Alors que, plus tôt, quand j’étais à cet endroit, il y avait des policiers partout. Mais ils n’étaient plus là lorsque cette voiture a été incendiée. »

La suggestion que la police aurait perdu le contrôle dans les rues de Toronto frôle le ridicule. Inutile de dire, aucune des actions qui se sont déroulées dans les rues de Toronto n’a eu lieu près des clôtures à maillons de chaîne de 5 millions $. Au moment où les participants à la marche pacifique sont arrivés sur Queen Street, ils ont été éloignés des clôtures par quatre lignes de policiers et une cinquième ligne de policiers à cheval. Même le plus effronté des membres des Black Block n’a pas tenté de franchir le front de la police antiémeute. La stratégie policière était de s’assurer qu’aucun doigt ne puisse toucher la clôture à maillons de chaîne, alors que quelques-uns de leurs voitures et des fenêtres sur les rues Yonge et College étaient légitimes et correspondaient exactement aux images que la police souhaitait voir diffusées.

Il n’y a aucun doute que le vandalisme a franchi une limite que les mouvements syndicaux et sociaux doivent reconnaître et aborder. Je dois dire que les personnes du groupe de mobilisation sociale qui refusent de critiquer le vandalisme vivent aussi dans un monde différent du mien. Les vandales ont été comparés aux groupes qui maraudent les rues après certaines parties de hockey. S’ils ont un argument politique à défendre, je ne l’ai pas entendu.

Mon syndicat a fait venir bon nombre de membres et du personnel à Toronto pour la semaine du G20, et ils ont entendu et vu un monde complètement différent de celui qui a été présenté à la télévision nationale. Ils ont rencontré des syndicalistes de 50 pays venus à Toronto pour débattre de la « triple crise de la durabilité » et insister sur le besoin d’affronter la crise environnementale, la réglementation et la démocratisation du secteur financier.

Une réunion historique a eu lieu la semaine dernière lorsque pratiquement tous les dirigeants du mouvement syndical indépendant et démocratique du Mexique se sont déplacés à Toronto pour présenter les attaques de l’état contre les droits des travailleurs par le G20 et le gouvernement de libre-échange de Felipe Calderon.

Nos membres ont fait partie des 3 000 personnes sensibilisées qui se sont mobilisées au Massey Hall, au moment de l’ouverture du G20, et ils parlent encore du pouvoir et de l’érudition de Vandana Shiva, Naomi Klein, Pablo Solon, Leo Gerard et Maude Barlow. Plusieurs parmi eux ont marché avec Naomi Klein lors d’une marche de nuit pacifique jusqu’aux Allan Gardens pour montrer leur solidarité avec le village de tentes érigé par le mouvement de lutte contre la pauvreté de Toronto.

Nous avons ensuite marché pacifiquement avec 25 000 autres personnes dans la première grande manifestation syndicale et de la société civile contre la mondialisation des entreprises qui a eu lieu au Canada depuis les actions entourant la ZLEA à Québec il y a près de dix ans.

Nous avons eu un aperçu de l’autre monde que nous pensons possible.

(Publié sur Rabble http://rabble.ca/issues/g8-g20)

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