La sécurité économique des retraités : Substituer la simplicité des moyens d’action à la littératie financière
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Lundi 19 avril 2010, 9 h 00 - Hôtel Intercontinental, Montréal (QC)
Bonjour,
Je m’appelle Gaétan Ménard et je suis secrétaire-trésorier du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier. Le SCEP représente 150 000 membres concentrés dans les secteurs de la foresterie, de l’énergie et des télécommunications. Je vous remercie de l’occasion que vous nous offrez de faire cette présentation au groupe de travail sur la littératie financière.
La principale préoccupation du SCEP en regard du mandat de ce groupe de travail est la planification de la retraite. Le document de consultation publique distingue trois piliers du régime d’épargne-retraite canadien : (1) les prestations de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément du revenu garanti; (2) le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec; et (3) l’épargne-retraite privée.
Les Canadiens comprennent relativement bien les deux premiers piliers. Ils peuvent ne pas savoir exactement ce qu’ils en retireront à leur retraite, mais ils savent qu’ils auront droit à des prestations pour lesquelles ils auront contribué leur vie durant.
Le troisième pilier, celui de l’épargne-retraite privée, se doit d’être divisé en deux éléments. Il y a d’abord l’épargne-retraite privée collective, parrainée par des employeurs sous la forme de régimes à prestations déterminées. Le montant reçu par les retraités est corrélé à leur salaire et à leur nombre d’années de service. Ceux et celles qui en bénéficient peuvent facilement calculer le montant de leurs prestations à leur retraite.
C’est le deuxième élément qui pose problème, celui de l’épargne-retraite privée individuelle, qui comprend principalement les REER et les régimes à cotisation déterminée.
Il existe une solution simple pour assurer une plus grande sécurité économique des Québécois et Canadiens à leur retraite, et de résoudre la question de la littératie financière à cet égard : concentrer l’action gouvernementale de manière à renforcer les deux premiers piliers, que le document de consultation populaire reconnaît d’ailleurs être réputés solides et stables.
On peut renforcer le premier pilier en augmentant les prestations le Supplément du revenu garanti (SRG) de 15%. L’investissement requis ne serait que de 682 millions de dollars, ce qui représente moins de 3 % du coût des subventions fédérales et provinciales à caractère fiscal pour les REER.
On peut renforcer le deuxième pilier en augmentant les prestations du Régime de pensions du Canada (RPC) et du Régime des rentes du Québec (RRQ) pour assurer une meilleure pension minimale à tous les Canadiens. Les travailleurs et les travailleuses versent 4,95 % de leur salaire au RPC et au RRQ (jusqu’à concurrence du maximum des gains annuels ouvrant droit à une pension de 46 300 $ par an). Les employeurs versent la même proportion.
Le doublement des prestations du RPC et du RRQ peut être entièrement financé en augmentant graduellement, sur une période de sept ans, les cotisations des travailleurs et travailleuses et des employeurs au RPC et au RRQ qui passeraient peu à peu à 7,8 % du salaire, portant la prestation maximale à environ 20 000 $ par année, plutôt que 10 900 $ comme c’était le cas en 2009.
En ce qui a trait au troisième pilier, on peut renforcer l’élément des régimes à prestations déterminées du troisième pilier en adoptant l’idée d’un Fonds national d’investissement et de rentes (FNIR) qui protégerait les régimes à prestations déterminées en difficulté. Les régimes à prestations déterminées des entreprises en faillite verraient leurs actifs être transférés vers ce Fonds, plutôt que de subir une liquidation qui réduirait les prestations des retraités de 20 à 40% comme l’on observe dans la plupart des cas. Le Fonds national d’investissement et de rentes serait administré de manière conservatrice, par des professionnels en placement, en s’appuyant sur des structures existantes comme le RPC ou le RRQ.
Ces propositions assurent au citoyen un montant de prestations à la retraite qu’il lui est facile de calculer. Ce sont des prestations qui assurent la sécurité du revenu et qui sont fortement protégées des fluctuations des marchés financiers.
Il est difficile de concevoir que des efforts de littératie financière pourront permettre à un individu de comprendre les mécanismes de l’épargne-retraite privée. Celle-ci implique ou nécessite des frais de gestion deux ou trois fois supérieurs à ceux des régimes publics, un niveau de rentes imprévisible à la retraite, des outils que le commun des mortels n’est pas en mesure de comparer sans un spécialiste en la matière, et également un niveau de revenu nécessaire à l’épargne inaccessible à un grand pan de la population.
Pour ces raisons, et également pour des raisons d’efficacité et d’efficience, le gouvernement fédéral pourrait accroître la sécurité économique des Canadiens en effectuant les réformes suggérées au Supplément garanti du revenu, au Régime de pensions du Canada et au mécanisme de protection des régimes privés à prestations déterminées que représente le Fonds national d’investissement et de rentes.
Cette sécurité économique accrue minimiserait le besoin de l’ensemble de la population de comprendre les mécanismes complexes de l’épargne-retraite privée, et donc, du développement d’une littératie financière qui demeurerait bien limitée.





